| « Qu'attend-on pour bouger ? »
C'est le poète, romancier, auteur dramatique et directeur de théâtre suédois Lars Norén - présent en Belgique à l'occasion du Festival de Liège - qui était, hier matin, l'invité de la rédaction du Soir.
Avant de l'inviter à commenter l'actualité du jour, nous brossons à Lars Norén un petit tableau succinct de nos réalités multicommunautaires et multiculturelles. Les phénomènes identitaires lui inspirent une réflexion plus large, sur l'enracinement et son contraire, le déracinement.
« Les gens qui quittent l'endroit (le pays) où ils sont nés se coupent de leur communauté, de leur groupe naturels, explique-t-il. Le danger qui guette les gens sans groupe, c'est la violence. Qu'est-ce qui constitue un groupe ? Je dirais d'abord et avant tout la langue... »
Les « racines » d'un individu né quelque part entre l'Atlantique et l'Oural peuvent-elles être l'Europe ? Notre invité est sceptique. « Non, l'Europe ne peut pas constituer les racines de quelqu'un, tranche-t-il. L'Europe est trop vaste. C'est d'ailleurs un gros problème. Quelle identité européenne ?... C'est une grande question. »
Entrant dans le vif du sujet politique, nous l'informons que la Wallonie a décidé de prendre le problème du réchauffement de la planète à bras-le-corps : en se fixant des objectifs allant au-delà de ceux inscrits dans le protocole de Kyoto. L'écologie touche Lars Norén.
« Je possède un petit jardin en Suède, et les arbres y sont pratiquement en fleurs, soupire-t-il. Il y a quelque chose de vraiment terrible dans l'actuel dérèglement climatique. Nous devons absolument faire quelque chose. Désormais, avant de prendre n'importe quelle décision économique ou industrielle, il faudrait se demander : Quelles seront les conséquences sur le climat ? »
Et d'enchaîner : « Je ne me sens pas bien du tout. Nous sommes prisonniers de notre système. C'est très difficile de changer les choses, de se libérer des injustices. Doit-on attendre le moment final pour bouger ? »
Selon l'auteur, tout le monde est concerné et tout le monde peut faire quelque chose. Ainsi, à son niveau, le théâtre peut faire bouger les choses. Encore faut-il que les gens s'y rendent, au théâtre... Lars Norén est conscient du problème. C'est pourquoi, nous explique-il, il veille à ce que ses productions puissent être jouées partout, sans contraintes géographiques, mais également sans contraintes matérielles. Ainsi, oeuvre-t-il à pousser le théâtre des salles vers les rues.
Également dans l'actualité belge de la journée : la problématique de l'égalité hommes-femmes. Notre invité estime que si, en apparence, les discriminations sur base sexuelle ont été gommées, en profondeur, l'égalité reste un mythe, fût-ce au niveau salarial. Même en Suède : pays souvent cité en exemple en la matière ? « Depuis la deuxième guerre mondiale, répond-il, garçons et filles étudient dans les mêmes classes et hommes et femmes occupent les mêmes places... mais les femmes gagnent moins d'argent ! »
Nous lui expliquons que la société belge est plutôt en pointe à ce sujet - comme dans d'autres domaines sociétaux et « éthiques du reste. Il s'en réjouit mais ne peut s'empêcher de souligner que nos voisins hollandais, qui furent longtemps un modèle de progressisme, sont en train d'opérer un sérieux retour en arrière, par « peur de l'autre »...
Ceci nous conduit tout naturellement à évoquer l'actualité internationale. Pas de doute : Lars Norén ne porte pas George Bush dans son coeur... « Comment a-t-il pu faire croire que les bombes allaient apporter la démocratie en Irak ? Cette guerre, c'est vraiment une guerre de gangsters ! Le drame aux États-Unis, c'est que seule une minorité de citoyens vote... Que pensent vraiment les Américains ? On n'en sait rien. »
En 2008, le prochain président américain pourrait-il être démocrate ? Lars Norén le pense. Il n'a toutefois guère de sympathie pour Hillary Clinton, dont la ligne politique lui semble trop changeante. Quant au sénateur Barack Obama, étoile montante du Parti démocrate, notre invité avoue qu'il connaît mal ses idées.
Aux confins des actualités économique et judiciaire, nous évoquons aussi les soupçons de fraudes financières autour de l'ex-Sabena. L'argent noir, la corruption, les très riches et les très pauvres... « Je ressens l'injustice tous les jours, réagit Lars Norén. En soi, vivre est une situation immorale car trop de gens souffrent. »
Pour le reste, l'artiste déteste le sport. On en reste là ? Pas tout à fait : Lars Norén nous dit aimer Zinedine Zidane - plus exactement l'être humain. Et d'affirmer qu'après son fameux coup de tête, lors de la finale de la Coupe du monde de football, le mythe a cédé la place à l'être humain.
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