Les nuits suivent le mouvement. On verra de tout dans ce « Jardin du paradoxe » où poussera aussi bien un concert d’An Pierlé qu’un débat entre syndicalistes.
Un goût du cocktail inspiré par l’esprit du Cirque Divers liégeois, ce lieu d’insurrection artistique qu’animait Michel Antaki, jusqu’à la regrettable fermeture, en 1999. Petit tour de chauffe en compagnie du grand jardinier, avant quelques nuits blanches.
Michel Antaki, la programmation du Festival de Liège est déjà très abondante. Pourquoi cette idée d’après-soirées ?
C’est simplement pour permettre une rencontre conviviale. D’habitude, les gens viennent à des spectacles et puis s’en vont. Ici, ils restent ! En plus, ils sont rejoints par d’autres personnes, qui n’ont pas nécessairement vu le spectacle avant. Il y a donc un mélange de public, c’est ce qui nous intéresse.
Nous voulons ouvrir des fenêtres en proposant une réflexion sur la société et un complément festif.
Quel est le fil rouge de ce programme parallèle ?
Le miroir sans tain. Le théâtre est, dit-on, un miroir de la société.
Nous voulons profiter de ce miroir pour aller plus loin et réfléchir à notre monde. Le festival propose des spectacles qui « interrogent le présent », basés sur une critique sociopolitique. Nous invitons les trois principaux syndicats à un débat, nous travaillons avec le FNRS et l’Université de Liège pour une soirée sur la mémoire.
Au fil des rencontres et des débats, la réalité rattrape la fiction, si vous voulez.
Est-ce une manière de ressusciter le défunt Cirque Divers ?
Le Cirque Divers existe ! Il n’a pas besoin de résurrection. Il n’a plus de lieu, mais il est gai, éclaté et en pleine forme ! Chaque projet
l’enrichit de choses nouvelles. Durant le festival, c’est son esprit qui règne. Nous montons ainsi une boîte de bois, baptisée « Le placard à balais », où treize artistes exposeront chacun pendant deux jours. C’est l’artiste Glen Baxter qui avait surnommé le Cirque Divers ainsi, lors d’une de ses expos. On avait trouvé le nom parfait, alors on l’a gardé.
Comment définissez-vous le « Jardin du paradoxe » ?
C’était le surnom du Cirque Divers. Au complet, ça donne : « Le grand jardinier du mensonge et du paradoxe universel ». Par rapport au rêve d’une vérité universelle, on peut estimer légitimement que le monde est tout le temps dans le mensonge. Et ce constat ne s’arrange pas. Les valeurs liées à l’homme sont en train de changer profondément. Une critique est nécessaire. On a encore beaucoup à jardiner ! Le public a largement prouvé qu’il était prêt à vous suivre…
Oui, il y a un climat festif. Pour les artistes aussi, c’est agréable de pouvoir se réunir et de rencontrer leur public. Ça a créé une habitude : le festival n’est pas clos sur lui-même. Et puis, il y a un bar qui donne aux soirées des airs de cabaret. On réfléchit, mais on ne se prend pas la tête !
Propos recueillis par
LAURENT ANCION