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Le Soir (Die Siel van die Mier- 23 janvier 2007

 

Josse De Pauw au Festival de Liège : La révolte des termites

 
Infatigable chercheur, Josse De Pauw mélange théâtre, musique et sciences pour explorer les tréfonds de notre nature humaine. Le théâtre vaut bien un microscope.
 
 


Les termites constituent l'un des plus étonnants exemples d'intelligence collective. Aucun insecte ne connaît le but du groupe, mais chacun y participe, parce qu'il y va de sa survie. La rébellion est impossible : génétiquement, l'individu n'est pas disposé à avoir la moindre idée personnelle. Rapportée à l'homme, la métaphore de la termitière est foudroyante.


« L'homme doit accepter qu'il a besoin du groupe. Mais le groupe doit laisser place à l'individu. Car seul l'individu peut apporter la nuance nécessaire à une société », affirme Josse De Pauw. Il n'est pas sociologue, ni entomologiste. C'est un homme de théâtre. Acteur, metteur en scène et réalisateur, il est l'un des plus passionnants artistes du nord du pays. Basé à Bruges, où il dirige le Théâtre Het Net, il débarque au Festival de Liège avec Die siel van die mier, un spectacle plein d'insectes, porté par une bourdonnante réputation.


Vol nuptial et vie sous terre


Comme souvent, Josse De Pauw invite d'autres arts à le rejoindre en scène. Après le cinéma pour l'excellent Übung, c'est la musique que l'artiste intègre au bal des termites. Seul comédien, Josse De Pauw est soutenu par la présence du violoniste George van Dam et du violoncelliste Jan Kuijken. « Je rencontre des gens qui m'intéressent. Peu importe qu'ils soient danseurs, musiciens ou réalisateurs. S'ils m'inspirent, je ferai tout pour travailler avec eux ! », sourit-il.


Josse De Pauw a longtemps cherché la bonne idée pour le spectacle musical dont il rêvait. Un jour, par hasard, il lit La vie des termites, de Maurice Maeterlinck. Ne serait-ce pas là un bon sujet ? George van Dam, qui a grandi en Namibie, lui répond que cet ouvrage est un plagiat : Maeterlinck a pillé de nombreuses idées et théories exposées par le biologiste Eugène Marais. Le tiroir de l'imaginaire s'ouvre sur un double fond : le spectacle évoquera la connaissance scientifique, mais aussi la notion d'emprunt et de « sampling ».


Tout commence comme une vraie conférence. « C'est une leçon sur les termites, comme un biologiste. Tout ce que je dis est vrai, il n'y avait rien à inventer », explique De Pauw, qui a joué à l'université et « rendu quelques profs jaloux de l'écoute des étudiants. » Très vite, cependant, le discours dérape : « Le conférencier entre en lui-même, dans son passé, dans son émotion. Il se souvient de ses amours, de ses amitiés. La musique prend une place de plus en plus importante. Puis la troisième partie relève des arts plastiques, de la performance, avec des images intuitives, comme celle du narrateur en robe de mariée. »


Étonnant. Mais explicite : outre les soldats et les ouvriers, les termites comptent des reproducteurs, qui se voient pousser des ailes et des yeux au moment du « vol nuptial ». Après la reproduction, ils redeviennent aveugles, manchots, et reprennent leur boulot. « Les hommes ne sont pas des termites », insiste Josse De Pauw, pour couper court à toute interprétation abusive. Il n'empêche qu'il soulève la plus vieille question de l'humanité : la liberté comme fondement de l'identité. Préparez vos mandibules.

Laurent Ancion