EDITO
PROGRAMMATION
CALENDRIER
JARDIN DU PARADOXE
COULEURS GALERIE
LE MANEGE
FESTIVAL EN CFWB
PRESSE
INFOS PRATIQUES
CONTACT
ARCHIVES
PARTENAIRES
NEWS

 

 

 

 

La Libre Belgique (Die Siel van die Mier) - 23 janvier 2007

 

Vive le chaos créateur !
Le grand acteur Josse De Pauw joue “L’Ame des termites” au Festival de Liège.
Du théâtre musical et une démonstration que l’ordre estmortifère.

Acteur,metteur en scène, réalisateur de film, Josse De Pauw est une immense figure du paysage théâtral flamand. Le festival de Liège offre une occasion unique de découvrir ses talents à Liège et ensuite, au ThéâtreNational à Bruxelles. “Die siel van die mier” (“l’âme des termites”) a
été créé durant la saison 2003-2004 et a rencontré un grand succès en Flandre. Il est seul en scène avec deuxmusiciens amis : Georges Van Dam, éminent violoniste, un des fondateurs d’Ictus, un artiste qui mélange la musique classique et la scène contemporaine et Jan Kuijken, violoncelliste membre de Muziek Lod.
Depuis des années, Josse De Pauw voulait jouer avec ces deux musiciens. “Cela faisait cinq ans que chaque fois qu’on se retrouvait autour d’un verre on se disait qu’on ferait bien quelque chose ensemble. Et on a trouvé ce texte sur la vie des termites deMaeterlinck, l’écrivain belge prix Nobel.
Cela nous semblait une bonne base de départ car ce texte était éloigné autant du théâtre que de la musique”.
Josse de Pauw aime cette mixité : “J’ai souvent travaillé avec des musiciens jouant toujours live sur scène. Je ne veux pas qu’ils deviennent acteurs, mais leur concentration comme musiciens m’aide beaucoup”.
Une fois le livre choisi, Josse De Pauw a découvert que Maeterlinck avait plagié sans vergogne les thèses d’un auteur sudafricain (d’où le titre en afrikaans),
Eugène Marais, écrivain, poète,morphinomane. “Ce quim’a fasciné dans la vie des termites c’est leur incroyable organisation, basée sur la séparation
des fonctions, sans laisser aucune place à l’individu. Je suis conscient de l’importance de la vie en groupe, mais je vais toujours défendre l’individu. Or, chez les termites, l’individu n’existe pas. Je parlemême d’une sorte de termites qui vivent dans les bambous et dont certaines ont un casque couleur bambou. Leur seul rôle est de boucher la porte du nid ! Les autres font “toc, toc” sur leur crâne.C’est terrible.”


La station Mir

Pendant une demi-heure, Josse De Pauw joue le professeur et donne un cours sur les termites. Puis cet ordre effrayant explose. Le professeur parle alors “du chaos de la recherche, du bouillonnement sans ordre et sans résultats assurés qui est la meilleure et la plus féconde partie de la recherche. Pour moi, explique Josse De Pauw, c’est aussi le cas de l’art et de la culture. Vouloir les canaliser dans l’ordre est mortel. C’est le désordre qui est créateur.”
Le professeur joué par Josse De Pauw raconte sa vie au Congo colonial, il revient sur le chaos de son existence professionnelle et sentimentale et découvre que c’est cela lameilleure partie de sa vie. L’histoire se fait alors plus narrative. On y voit ainsi Josse De Pauw vêtu d’une robe demariée avec à l’arrière une image de la station Mir. “C’est le vol nuptial des termites, une fois par an, quand des ailes leur poussent et qu’ils s’accoupleront avant de
mourir.”


L’ordre illusoire d’Anciaux

Si la première partie est ce cours magistral sur les termites, la seconde est un concert des deux musiciens qui encadre les souvenirs plus personnels du chercheur. Une histoire dont le déroulement est “plus émotionnel que chronologique”.
Josse De Pauw, après avoir dirigé un théâtre à Bruges et remplacé Luk Perceval au Toneelhuis d’Anvers en attendant l’arrivée de Guy Cassiers, a eu la mauvaise surprise de voir sa compagnie rayée des subsides par leministre Bert Anciaux, désireux, de mettre “de l’ordre” dans le paysage théâtral flamand et de concentrer les petites compagnies autour des grands théâtres.
“Je suis aujourdhui un petit indépendant,mais j’ai beaucoup de sollicitations et celamarche. Il est vrai que cet épisode amontré la difficulté desministères à laisser vivre ce chaos créatif. Ils croient toujours qu’on peut tout organiser dans un ordre superbe qui deviendrait permanent, sans voir que c’est intenable et dangereux.”


Guy Duplat