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La Libre Belgique - Le 20 Novembre - 15 février 2007

 

”Tout le monde est coupable”


Fort et remarquable monologue du Suédois Lars Norén au National.
La grande actrice Anne Tismer incarne Sébastien Bosse, le jeune meurtier.


Lars Norén, 62 ans, 26 pièces déjà, est un des plus grands auteurs contemporains. “Guerre” qu’on avait pu applaudir à Namur et Anvers était déjà bouleversant.
Il continue dans cette veine pleine de révolte sur les errements du monde, désespéré devant nos impasses, avec le formidable “20 novembre” qui vient d’être créé pour le Festival de Liège à l’invitation de Jean-Louis Colinet. C’est un monologue, son premier, créé pour la toute grande actrice allemande Anne Tismer, qu’on avait pu applaudir il y a un an, dans “Nora” d’Ibsen, monté par Ostermeier.
Ici, elle incarne Sébastien Bosse, le jeune étudiant allemand qui le 20 novembre 2006, à Emsdetten, tira sur une trentaine de personnes avant de se suicider. Il avait laissé une lettre où il disait : “Mes agissements sont la conséquence de votre monde qui nem’a pas laissé être qui je suis.”
Après Liège, le spectacle est à voir sans faute dans le studio du National, à Bruxelles, dans un espace nu et noir éclairé par les néons. Anne Tismer écrit de temps en temps à la craie, sur le sol. Elle est comme enfermée dans une boîte, face aux spectateurs qu’elle interpelle : “Etes vous
heureux ?” Pour mieux fustiger cette société qui ne propose que la consommation et les gadgets en guise de réponse au mal être des jeunes et à leur envie de vivre. Il ne leur reste que l’école obligatoire, la béquille du psychologue, l’autorité gratuite et la vacuité totale. Sébastien est en révolte : “Vous avez ri demoi, je ferai de même avec vous. Je suis un perdant, regardezmon visage, vous ne pourrez plus l’oublier. Le suicide ? Ce serait trop facile. Si je ne trouve pas un sens àma vie, je trouverai un sens àmamort et vous en êtes tous responsables”, dit-elle en regardant les spectateurs droit dans les yeux.
La force du texte de Lars Norén et le talent fou d’Anne Tismer font mouche. L’actrice parle en français, avec quelques souvenirs en anglais. Elle a la révolte dans son maintien, dans ses yeux, quand elle jette la tête en arrière. “Personne n’est innocent” dans ce drame d’un adolescent en révolte qui devient tireur fou, nous dit Norén demanière convaincante.
Comme les antipsychiatres disaient déjà dans les années 70, que c’était la société qui créait les “fous”.
Et à la fin du spectacle, Anne/Sébastien, le sac avec ses armes à l’épaule, s’en va tirer dans la foule des étudiants. Mais avant de partir, elle fixe les spectateurs : “Avez-vous quelque chose à me dire ?” Et le pire, le plus vrai, est que nous n’avons rien à dire face à cette révolte aussi insensée que justifiée.


Guy Duplat