| 22.000 spectateurs au Festival de Liège
Les spectacles les plus radicaux font mouche
ENGAGEMENT politique, qualité artistique et succès de foule : le Festival de Liège prend sa place en Europe.
Ceux qui croient que le théâtre n’intéresse plus personne peuvent aller hiberner : le Festival de Liège, qui s’est clôturé samedi par une gigantesque java, a attiré 22.000 spectateurs en un mois. À cette foule, il faut ajouter le très large public du Jardin du Paradoxe, qui a animé les nuits liégeoises tout au long du festival. Au total, un succès phénoménal !
Pour la quatrième fois, la programmation de Jean-Louis Colinet a su convaincre le grand nombre, avec 18 spectacles engagés qui « interrogent le présent ». Ce type de spectacles, qui réconcilie puissance de la forme et force du fond, attire tout particulièrement les spectateurs : « Le reste de l’année, je ne vais pas souvent au théâtre, confesse Eric, la quarantaine. Je choisis vraiment ce que je vais voir. Ici, a priori, tout m’intéresse : ce sont des sujets qui nous tracassent, comme le monde du travail, l’effet de violence actuel, la globalisation. » Son spectacle préféré ? « Unter Eis », répondil
sans sourciller.
L’Allemand Falk Richter, auteur et metteur en scène d’Unter Eis, aura décidément fait très fort. Au Manège de Liège, épicentre du festival ; il a fallu rajouter plusieurs centaines de place. À Bruxelles, le Théâtre National débordait. Un succès à la hauteur de l’ambition du festival : Unter Eis est un spectacle qui célèbre furieusement les noces de l’art et de la politique. Le public n’a pas résisté à ce théâtre qui agit comme une radiographie de nous-mêmes, subitement dévoilés, remués, réveillés.
« Les spectacles les plus radicaux sont ceux qui ont emporté la plus grande adhésion du public », analyse Jean-Louis Colinet.
La radicalité n’est pas dans la forme. Il ne s’agit plus de se mettre tout nu ou de se balancer de la figure au visage : le Festival de Liège laisse cela aux années 70. « La singularité du langage est beaucoup plus importante que la novation. Non pas qu’au festival, le fond soit plus important que la forme, mais je pense que la vocation novatrice est un leurre, développe le directeur.
On a déjà tout fait, tout inventé. La vraie question, c’est de traquer les artistes qui inventent leur langage pour exprimer au mieux ce qu’ils ont à dire. Les spectacles qui sont des produits de la mode ne m’intéressent pas. »
Rendez-vous en 2009
À cet égard, on est sorti un peudéçu d’États d’urgence, samedi soir. Quatre petits spectacles résultaient d’un atelier avec le metteur en scène allemand Thomas Ostermeier. Seize jeunes comédiens belges, dirigés par quatre étudiants d’Ostermeier, ont envahi des lieux méconnus de la caserne Fonck. Les textes, signés par Martin Crimp et Falk Richter, interrogent habilement la violence, mais leur approche nous a semblé trop superficielle.
C’est juste un bémol dans une programmation majeure. De toutes grandes figures des scènes internationales ont créé des spectacles inquiétants, mobilisant, très audacieux. Il est évident que 20 novembre, du Suédois Lars Norén, et Bloody niggers !, du Groupov, ont entamé à Liège un chemin qui fera date.
On retrouvera le Festival de Liège en 2009, puisqu’il est biennal.
Y reverra-t-on ces grandes pointures ? « Il est un peu tôt pour décider du programme !, sourit Colinet. Mais il est déjà certain que le Festival de Liège va continuer à travailler sur deux axes : la fidélité et les découvertes.
Le public apprécie le fait d’accompagner un artiste dans son évolution, comme Lars Norén, Emma Dante, Ascanio Celestini.
Mais nous allons également continuer à traquer des artistes au langage singulier, qui s’interrogent sur le monde actuel. »
Il est déjà temps de s’échauffer !
LAURENT ANCION
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