Juste une guitare, un accordéon, quelques loupiotes intimes et trois dames en noir. Même si l'une d'elles seulement est italienne, l'air qui se dégage de ce trio sent bon l'huile d'olive et le soleil.
Avec leurs mots et leur voix, elles ont décidé de partir sur les chemins de l'immigration italienne, empruntant les pas que d'autres ont foulés, quittant leur terre natale pour la Belgique.
Direction Montenero, petit village des Abruzzes. Julia, Maria, Irma. Trois jeunes filles nées dans les années 30 ou 40, aujourd'hui grands-mères. Étudiantes, travailleuses aux champs, elles aiment leur pays. Mais la vie, les besoins économiques, les mariages forcés par la famille décideront pour elle. C'est la Belgique, "dont on disait que c'était l'Amérique", qui devient leur destination.
Les trois filles découvrent alors un pays gris, terne et froid. Puis vient le moment de l'adaptation, rude ou plus douce. Rencontres, mariages, désunions, enfants : Julia, Maria et Irma suivent le fil de leur vie, teinté de bons et de mauvais moments, de découvertes exaltantes et de nostalgie amère.
C'est en toute simplicité, en toute sincérité, que l'équipe de "Montenero 53", en grande partie identique à celle du précédent spectacle "Les Olives Noires", a conçu ce voyage-témoignage.
Sandrine Bergot, Valérie Kurevic et Martine De Michele - particulièrement touchante lorsqu'elle se lance dans ses tirades en italien - racontent et chantent leur colère ou leurs espoirs, dans un français coloré de pointes d'italien, sur les mélodies d'Alberto Di Lena et Carmelo Prestigiacomo.
Itinéraires de trois Italiennes au caractère trempé, "Montenero 53" apparaît comme une transmission des souvenirs entre générations. La voix off des personnages, qui ont réellement raconté leurs aventures aux comédiennes, donne une consistance savoureuse et puissante au spectacle.
On en ressort avec les oreilles qui chantent et pétillent ainsi que le coeur rempli de ces histoires belles et difficiles à la fois.
"Montenero 53", un spectacle vu au Festival de Liège. A revoir, on l'espère, on le pressent.
Marie Liégeois