| Les grandes questions de notre temps
Du 19 janvier au 17 février, se tiendra le Festival de Liège.Un festival original de théâtre, danse (et même cette fois des marionnettes) qui impose des regards “acérés”. Des formes originales qui explorent les grandes questions de notre temps.
Ce lundi, s’ouvrent les réservations pour le Festival de Liège qui aura lieu du 19 janvier au 17 février, un des moments les plus passionnants pour les amoureux des scènes. Pendant un mois, on pourra découvrir 17 spectacles venus de l’Iran à l’Inde, en passant par les Etats-Unis, le Brésil, l’Allemagne, l’Angleterre, l’Italie et la France, sans oublier la Belgique, du nord comme du sud. Un festival qui se passe à Liège mais aussi à Bruxelles, au Théâtre National, afin de permettre au public bruxellois de découvrir cet autre festival, à côté du Kunstenfestivaldesarts.
La spécificité du festival de Liège est expliquée par Jean-Louis Colinet, son directeur depuis cinq ans, directeur aussi du National : “C’est un festival qui veut explorer les grandes questions de notre temps à travers des regards acérés. Cette édition, plus encore que les précédentes, offre des propos et des formes aiguës en ce sens. Nous nous différencions des autres festivals par cette volonté très forte d’affirmer un regard sur le monde d’aujourd’hui comme le dit notre titre “un festival qui interroge le présent”.
Les précédentes éditions du festival, avec la dernière fois 20 000 spectateurs, avaient permis déjà de créer l’adhésion d’un public qui suit cette démarche. A l’heure de la docu-fiction de la RTBF, critiquée par Colinet, celui-ci ne croit pas à la scission de la Belgique et souligne que “plus que jamais en ces temps de folies meurtrières grandissantes, d’exclusions et d’anathèmes en tous genres, de repli éperdu sur soi, de démarches identitaires barbares, il nous semble impérieux de transgresser nos propres frontières, d’aller à la rencontre de l’autre et des autres, de s’ouvrir au monde, à ses cultures, à ses langages, de croiser des regards étrangers, de nous engager dans des chemins incertains et des territoires inconnus”. Colinet souligne ce paradoxe dangereux que, au plus existent des moyens de communication entre les hommes et au plus on avance vers la mondialisation, au plus il y a de replis sur soi et d’idéologies identitaires.
Triplecréation
Le festival propose trois créations. Et d’abord, Lars Noren, un des plus grands dramaturges actuels, ami de Colinet et habitué du festival. Il a créé un monologue pour l’extraordinaire actrice allemande Anne Tismer, qui avait joué à Avignon et au Théâtre National la “Nora” d’Ostermeier. Un monologue, un texte brut, encore en gestation, qu’on pourra suivre à Liège et à Bruxelles.
La seconde création est de Thomas Ostermeier, directeur de la Schaubuhne de Berlin, qui dirigera un workshop particulier. Il coachera le travail de quatre étudiants – metteurs en scène de l’école Ernst Buch de Berlin qui travailleront avec 16 jeunes acteurs professionnels ou étudiants au conservatoire de Liège. Cela donnera quatre textes parallèles qui parleront de manière forte d’aujourd’hui et qui seront joués dans un parcours organisé à la caserne Fonck (le Manège) à Liège.
Troisième création, à Liège et Bruxelles, “Bloody Niggers !”, de JacquesDelcuvellerie. Une virulente adresse au public sur les désordres dumonde vus par les Africains, sur la colonisation, sur ce que les Africains eux-mêmes ont fait de leurs pays. “Dans les querelles en cours sur le rôle positif de la colonisation, il s’agit de faire entendre la voix forte et sans concession des “bâtards” nés du mariage forcé entre les anciens colons et leurs anciens administrés. Au nom de quoi un peuple se permet-il de disposer d’un autre ?”, écrit Delcuvellerie.
Parmi les spectacles, on retrouve avec plaisir “Saadi, agence de gaieté”, commedia dell’arte à l’iranienne, qui fut un grand succès il y a deux mois au National, avec une troupe privée de théâtre àTéhéran.
On connaît d’autre part le goût de Colinet pour l’Italie. Il invite Ascanio Celestini pour “La Pecola Nera”
(“La brebis galeuse”), pièce poétique sur un sujet très grave : l’univers psychiatrique en Italie. On retrouve aussi la Palermitaine Emma Dante. Elle jouera “Cani di bancata”, ces chiens qui attendent la fin du marché en Sicile pour manger les restes.
On verra aussi, à Liège et Bruxelles, un spectacle monté par le très grand acteur flamand, Josse De Pauw, “Die siel van die mier” (spectacles surtitrés), “La vie des termites”, histoire d’un entomologiste fasciné par l’ordre qui règne dans ce genre animal et qui finit dans la folie. L’actrice Anne Tismer sera présente avec un second spectacle, “Gutes Tun, 1,3”, une variation d’“En attendant Godot”, duo féminin avec une actrice-danseuse, sur le thème de l’attente. L’Inde, omniprésente sur nos scènes et dans nos expos, sera là avec Arjun Raina, acteur angloindien qui a étudié Shakespeare à Londres et le Katakhali en Inde. Dans “A terrible beauty”, il met en scène l’économie globalisée à travers les “call centers” et la rencontre au lendemain du 11 septembre entre une mère sans nouvelle de sa fille et d’un Indien rencontré grâce au call center. Ton tout autre dans “The magic hour”, où il réinterprète Shakespeare à la manière indienne avecune danseuse. Jöel Pommerat, révélation du dernier festival d’Avignon, sera présent avec “Les marchands”, un univers très personnel, une des choses les plus neuves qui soient survenues ces dernières années dans le théâtre français. Les Russes viendront avec “Doc. Tor”, du jeune metteur en scène Vladimir Pankov. “Unter Eis” est monté par un jeune auteur et metteur en scène prometteur de la Volksbuhne, Falk Richtrer.Un théâtre poétique et puissant, avec l’histoire de trois consultants dans le monde glacial de l’entreprise et qui tombent au bord de la folie. N’oublions pas R-9 curieux objet, du théâtre de marionnettes sans paroles du collectif Detruitu et la danse avec la première (à Bruxelles aussi) d’“Incarnat” de la Brésilienne Lia Rodrigues, créé dans une favela de Rio.
Guy Duplat
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